
Le festival souhaite offrir aux visiteurs une programmation toujours plus riche et exigeante, ouverte à toutes les disciplines artistiques et à tous les publics, en développant les coopérations avec des institutions culturelles locales.
Toutes les deuxièmes semaines du mois d’octobre, il faudra s’habituer à croiser des auteurs de polar dans la ville de Reims. « Les vendanges du polar à Reims…" collent parfaitement avec l'image pétillante de notre ville de Reims et de notre région…
Dédicaces, rencontres en partenariat avec nos amis libraires, tables-rondes, rencontres avec les auteurs, exposition, concerts, courts métrages, cuisine et polar, marché aux livres d'occasion spécial polar le dimanche place du Forum animeront la ville.
Didier Daeninckx comme auteur invité d’honneur c’est une sacrée responsabilité ! Il est un des principaux auteurs français du genre mais il est aussi un auteur de la littérature blanche, il a signé des scénarios de BD. C’est avant un auteur de liitérature, passionné d’écriture et d’histoire. Dans chacun de ses livres il dénonce des injustices. L’écriture a un sens. Lire ses livres questionne.
Autour de Didier Daeninckx l’équipe d’interpol’Art est heureuse de vous présenter une programmation riche et éclectique, dans laquelle vous trouverez des genres très différents.
Polar social (Patrick Pécherot) Roman noirs (Sophie Couronne et Caryl Ferey, Michel Chevron, PHD) , polars historiques (Thierry Bourcy, J.F Hutin), romans gastronomiques (Jean-Pierre Alaux, Michèle Barrière, Than-Van Tran-Nhut), roman à intrigue (Alain Loison, Michel Lefèvre), des pays comme le Sénégal et le Vietnam sont représentés avec Laurence Gavron et Than-Van Tran-Nhut.
Enfin deux maisons d’édition invitées : « Après la lune » avec
son directeur Jean-Jacques
Reboux, qui est aussi auteur et
pamphlétaire, et les éditions« Polar en Nord » avec trois de
ses auteurs Léo Lapointe,
Daniel Auna et enfin Guillaume
Paracuelos.
La collection « Polar en Nord »,
dirigée par Gilles Guillon,
s’intéresse à la Champagne
depuis peu et c’est l’occasion de
retrouver un jeune auteur,
Guillaume Paracuellos, édité par
Interpol’Art en 2008, qui
dédicacera son livre « Le sang
de Reims ».
A n'en pas douter en ce mois d’octobre 2010, la ville de Reims permettra à tous les amateurs de récolter et consommer sans modération ce qui se fait de mieux dans le polar !
Des dessinateurs de BD seront aussi présents pour dédicacer leurs albums (programmation en cours)
Des rencontres et tables-rondes vous permettront d’approfondir la connaissance de certains de ces auteurs.
A noter qu’à partir de septembre la Médiathèque Jean Falala organise une exposition sur des planches originales du dessinateur Moynot. Des planches inspirées de l’œuvre de Léo Mallet et des personnages de Tardi seront exposées.
Jacques MICHELET
Président

Il habite en marge de la capitale, à Aubervilliers, et comme le prouve son dernier roman, L'Affranchie du périphérique (Editions de l'Atelier, 102 p., 15,50 euros), ce monde-là est sa féerie à lui, où s'imprime "le blanc des mots dans la profondeur du bleu matisse". Il veut "donner une mémoire aux banlieues oubliées", son port d'attache.
Il écrit en marge de la littérature, c'est lui qui le dit. Qu'est-ce qu'il entend par là ? La lecture de Daeninckx par Daeninckx, de Thierry Maricourt, vous affranchira (Le Cherche Midi, 312 p., 17 euros). Tout y est formidablement conté et commenté, de son parcours, de ses combats, de ses idées, en un patchwork des interviews qu'il a données ici et là depuis des années.
Ce jour-là, il s'apprête à prendre sa voiture pour aller en Basses Corbières enterrer Gérard Bobillier, le créateur des éditions Verdier. "Quand Le Goût de la vérité, le livre où je répondais à Gilles Perrault et dénonçais ses accointances avec les négationnistes, le clan des rouges-bruns, a été refusé par tous les éditeurs, c'est lui qui l'a publié, sans changer une virgule, au mépris des procès annoncés."
Didier Daeninckx a toujours vénéré les écrivains "qui ont su mettre les pieds dans le plat". A fortiori les éditeurs. Il prend la plume "quand ça va mal", sur les choses qui le font réagir, le révoltent.
Le roman noir américain l'a marqué, à cause de son souci des petites gens, de son témoignage sur l'époque, de sa psychologie du comportement. L'humour noir le hante, via l'influence des surréalistes. "Je ne suis pas dans la profération poétique, mais ce que j'en retiens, c'est la provocation, l'art de déchiffrer les ténèbres, l'indifférence à la marginalisation. Etre dans une position de pouvoir et brûler ses vaisseaux, quelle élégance ! Dans tous mes bouquins, on trouve cette dimension héritée d'André Breton, des fossoyeurs qui font grève, un flic qui s'amuse avec des jeux vidéo hors service... J'ai repris, dans Cannibale (Verdier, 1998), leur combat contre l'Exposition coloniale de 1931, où des Kanaks étaient montrés comme animaux en cage."
Acharné à vouloir lui éviter l'usine, son père le voyait instituteur ou comptable. "Moi, comptable, jamais !" Il fut ouvrier imprimeur, journaliste localier, avant d'envoyer son premier manuscrit à dix éditeurs. Neuf refus. Débuts douloureux aux éditions du Masque, avant l'intronisation dans la Série noire de Gallimard. "Mon fonctionnement, c'est l'entêtement, l'obsession. Penser des semaines et des mois à un sujet, des personnages, une histoire, puis laisser les choses, la vie de tous les jours m'apporter des éléments de réponse, des petits morceaux que je scotche entre les personnages."
"J'écris sur ce qui me pose problème, sur les choses que je ne parviens pas à comprendre. Le moteur de mes fictions est la colère, l'injustice toujours endémique, toujours recommencée." Ce fut Drancy sous l'Occupation, la répression du métro Charonne et les forfaits de Maurice Papon dans Meurtres pour mémoire (Gallimard, 1988), un livre dérangeant, passé sous silence, qui mêle les époques et octroie à la littérature un pouvoir d'influence sur le contemporain. Ce fut l'expulsion de Maliens par charter dans Lumière noire (Gallimard, 1987), objet de censures implicites quand il fut adapté au cinéma par Med Hondo. Ce fut l'évocation des résistants dénoncés par des collabos (La mort n'oublie personne, Denoël, 1988), les dérapages de la télévision (Zapping, Denoël, 1992)...
Que veut dire cet homme qui s'astreint à un travail d'investigation minutieux lorsqu'il affirme qu'il écrit "en regardant la réalité de travers" ? Il veut parler de la recherche d'un point de vue dissonant, susceptible d'éclairer les faits. Il s'agit de trouver l'angle qui dérange, déstabilise le lecteur. "Dans Missak (roman paru en août, lire ci-contre), je suis parti d'une exposition, puis de la rencontre avec la petite nièce de Manouchian, qui m'a ouvert ses archives, et cela m'a permis de contester l'histoire officielle." Incise : "La littérature comme pure imagination n'existe pas. Elle a forcément à voir avec l'expérience. Je ne peux pas travailler sans confronter mes personnages à la vie."
A la fin des années 1980, quelqu'un se fit passer pour Didier Daeninckx. Un lecteur si dévot qu'il donnait des interviews à sa place, et publia un roman sous son nom. "Troublante expérience, dit-il. Un homme prenait mon nom à l'heure où mon père qui m'avait donné le sien vivait ses derniers instants."
C'est sans usurpation que Daeninckx vénère Jean Meckert (1910-1995), digne des grands romanciers sociaux du XIXe siècle, Georges Simenon (1903-1989), dont le premier reportage est intitulé "L'Afrique vous dit merde", ou Jean-Patrick Manchette qui a "brisé les conventions, démontré que même dans le polar, la forme doit être en osmose avec le fond".
Par contre, il fait la moue devant les polars à folklore : Pigalle, le code de l'honneur, la pute au grand coeur, le portrait sociologisant des zones périphériques, parts maudites de la société. "Paris populo, j'ai vu ça de près en suivant mon père, ce héros, à la salle Wagram, au Vélodrome de Saint-Denis ou aux champs de courses, et ça ne m'impressionne pas. Quant aux banlieues dépeintes dans le néopolar des années 1970, façon Chicago, ça ne tient pas la route. Il n'y a qu'un thème obsédant là-bas : le travail ou l'absence de travail." Il honnit aussi la Trilogie noire de Léo Malet : "C'est effrayant cette histoire d'un type qui veut venger sa fiancée violée par des Arabes !"
La conversation avec lui est émaillée de belles phrases : "Les villes vous arrachent des larmes et c'est pour cette raison que les romans noirs sont souvent des romans de la colère." Et des réflexions citoyennes : "J'écris contre l'oubli, pour les exclus, contre toutes les ignominies, contre l'insécurité sociale, pour faire bouger la loi. Insensible à toute vénération, mû par un devoir d'irrespect. L'écriture est de l'ordre de la subversion."
Jean-Luc Douin,
Article paru
« Le monde littéraire » du 30.10.2009
